Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:22

(Photo : Luc de Normandie)

S’opposer à la réunification de la Normandie : Une polémique sans argument

 

Les arguments proposés par les partisans de la Réunification de la Normandie, comme on dit, font finalement assez peu l’objet d’un débat contradictoire et cela pour trois raisons principales :

 

D’abord parce que les opposants à toute fusion régionale normande n’ont rien à proposer si ce n’est le maintien de la situation actuelle de division des cinq départements normands en deux régions administratives... Et le seul moyen qu’ils aient trouvé pour échapper à cette posture négative est de nier la réalité objective du déclin social et économique de la Normandie, tout en se faisant les défenseurs des pseudos identités néo-régionales « bas » et « haut » normandes, fondées finalement, à bien les entendre, sur un mépris ignorant et médisant des « Bas » sur les « Haut » et réciproquement : classique haine inconsciente de soi-même lorsqu’on subit et intègre sans y réfléchir un rapport de force de domination et de soumission...

Tout à leur narcissisme de « bas » et de « haut » Normands, nos contradicteurs ignorent totalement que 99% des Français les ignorent totalement ne connaissant, comme les étrangers d’ailleurs, que la Normandie : le bas Normand Garrec (un breton...) a gaspillé beaucoup d’argent public avant de s’apercevoir qu’en France et à l’Etranger, on ne connaît que la Normandie !

 

Ensuite, parce que ceux qui ont intérêt  politique et personnel à maintenir l’actuelle division normande en deux régions administratives n’ont donc pas intérêt à ce qu’il y ait le moindre écho public de cette histoire de réunification normande qui n’intéresserait que quelques romantiques embrumés de nostalgie viking.

A  les en croire, la Normandie, tout le monde s’en fout surtout le peuple...

 

En effet, le meilleur argument de celui qui n’a aucun argument c’est de décréter qu’il n’y a pas de question normande car la Normandie n’existe pas ou n’existe plus : c’est ce que pense en privé mais aussi en public, quand on le titille un peu, un certain Alain LE VERN, natif du Finistère (Bretagne), président actuel du Conseil Régional de Haute Normandie... (Le simple fait que ce haut personnage se mette en colère lorsqu’on lui parle de réunification normande prouve, a contrario, que l’idée normande existe encore...)

 

Enfin et SURTOUT, il est désormais irréfutable, objectivement indiscutable qu’une partie non négligeable des malheurs sociaux et économiques du peuple en Normandie, justement, provient de quelques 38 années de division de l’espace territorial normand en deux zones qui se sont trop longtemps ignorées sinon méprisées provoquant la destruction d’un espace vécu régional commun.

Avec pour conséquences : la crétinisation « localiste » de la prise de décision publique (« esprit » clochemerle, méfiances, médisances, concurrences, effets « NIMBY » : les élus de la Normandie divisée, éparpillée façon puzzle, ne sont que des élus locaux...) mais aussi l’anémie métropolitaine de Caen, de Rouen et du Havre dont les haines recuites entre élus ont littéralement stérilisé l’avenir d’une métropole régionale normande au profit du contrôle de la Basse Seine normande par la région parisienne, véritable objectif de la création de la néo-région de Haute Normandie avec pour corollaire le rejet d’une Basse Normandie agro-industrielle dans un grand ouest breton piloté à Rennes et Nantes...

 

La Normandie divisée : Une nullité politique !

 

Trente-huit années de division ont empêché la prise en charge d’un intérêt général normand par la carrière publique et politique.

Disons-le plus crûment : il n’existe pas encore, à l’échelle de la Normandie, un mandat public qui aurait permis à un homme politique de mettre la Normandie au service de sa carrière publique. C’est même le contraire qui s’est produit avec les efforts d’un d’Ornano pour neutraliser un Lecanuet et réciproquement.

Il y a plus de  quinze ans, Antoine Rufenacht avait été tenté par ce grand dessein qui se présente aujourd’hui devant Laurent Fabius...

 

Résultat immédiat de cette carence politique :la Normandie n’a plus de tête pensante ou dirigeante et n’a plus que ses bras mal payés, désormais menacés directement d’être broyés par les délocalisations industrielles de la mondialisation néo-libérale et la crise financière qui la poursuit aujourd’hui ; de quoi préoccuper sérieusement le peuple du côté de Sandouville ou de Blainville sur Orne...

La division, c’est aussi 7 à 8 années de croissance du PIB régional en moins.

C’est un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale,

Ce sont 4000 jeunes diplômés normands qui s’en vont chaque année,

Ce sont des taux de fiscalité locale supérieurs à la moyenne nationale pour faire vivre deux régions au lieu d’une sur les moyens d’une population qui stagne et s’appauvrit...

Ce sont des chantiers routiers qui prennent leur temps et des grands équipements qui attendent,

C’est le présent qui tient lieu d’avenir, faute de moyens sinon de projets (ex : la Normandie quasiment ignorée par le plan de relance car il n’y a en Normandie que des élus locaux...).

 

Cette division c’est aussi l’absence d’une vision régionale normande, l’absence d’un lobby normand à Paris et à Bruxelles, c’est le mépris de la Normandie de la part de la haute fonction publique d’un Etat central et jacobin (ex : la SNCF pour qui la Normandie n’est que la banlieue de la banlieue parisienne)... C’est enfin la servilité de nos élus pour des projets mirifiques dans le nucléaire et le Sévéso car il faut bien donner du boulot aux « ploukistanais » normands à qui on ne demandera jamais ce qu’ils en pensent !

 

De tout cela, il faudrait en informer le peuple en effet... Il en penserait certainement quelque chose... Et il se peut même que dans certains cas,  écoeuré par la résignation d’une classe politique médiocre, le « ploukistanais » normand de « base », celui qui survit encore au fond du rural profond en « déprise », électrisé par le mépris « impacté » par les technocrates d’EDF-RTE-EPR mais aussi par le passage trop rapide des Préfets à Très Grande Vitesse, finisse lui aussi par se révolter : à Mortain, lors de la manifestation anti THT, le slogan « Nous sommes tous des ploucs normands » a fait réagir...

 

Combats d’arrière-garde...

 

C’est donc avec mauvaise foi, incompétence ou ignorance ou avec les trois à la fois, que certains (assez peu nombreux finalement) mais non les moindres (Alain LE VERN président PS du CRHN, mais aussi Jean-François LEGRAND président UMP du CG50, quel bel attelage ! certains ont les combats d’arrière garde qu’ils peuvent...) continuent à persifler parfois jusqu’à la caricature contre ce qui va finalement dans le sens de l’Histoire.

La réunification de la Normandie se fera car, par l’intermédiaire de la réforme nécessaire des collectivités territoriales dont il faut à la fois simplifier et clarifier les compétences (cela fait d’ailleurs l’objet d’un consensus entre la droite et la gauche), l’actuel président de la République a fait de la réunification de la Normandie le dossier prioritaire symbolique qui lui permettra, le moment venu, de vendre à l’opinion la réforme des collectivités territoriales.

 

Inutile de dire que les Bretons s’engouffrent déjà dans la brèche ouverte par le dossier normand : pour une fois nos voisins d’outre Couesnon sont nos alliés objectifs. Il ne serait d’ailleurs pas idiot de mener le combat en commun, le moment venu, sur la scène médiatique nationale pour les réunifications normandes et bretonnes...

 

Avec la crise économique profonde qui vient, il est urgent que les néo-régions en charge du pilotage des territoires, cessent d’ignorer la géohistoire : les territoires clairement reconnus et identifiés auront plus de chance et de facilité à imaginer les stratégies d’accompagnement et de sortie de crise que les territoires dont on ignore ou méprise l’identité pour des raisons administratives et politiciennes...

 

Face à cet air frais qui souffle enfin sur le dossier normand, pourtant promis définitivement au classement vertical au fond d’une armoire, nos deux élus anti-réunificateurs verrouillent à double tour : ont-ils déjà froid aux fesses ? Comme d’habitude, les déjà vaincus ont tous les arguments de la difficulté sinon de l’impossibilité à nous faire valoir : c’est vrai, il est plus prudent de ne pas prendre le train car il y a toujours un risque de déraillement et il arrive que certains avions s’écrasent... Pensées de ceux qui n’ont jamais voulu prendre le train ou l’avion et qui sont déjà, en fait... au cimetière ! Ecoutons-les néanmoins :

 

Legrand nous dit qu’il ne faut pas confondre la région administrative (un objet sérieux) avec la province historique (un objet sentimental) : on vient de le dire, en période de crise c’est quand même mieux d’avoir les deux ! Curieuse posture baroque d’un élu qui voudrait pavoiser normand mais qui ne jure que par le « Grand Ouest » au point de financer la promotion touristique de la Bretagne avec les moyens du conseil général de la Manche. Cet élu départementaliste con-vaincu ne croit pas au fait régional, puisqu’il a fait sa carrière publique dans le cadre de la division normande sinon à cause d’elle...

Partager cet article

Repost 0
Publié par Le Caennais déchaîné - dans Opinion
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le Caennais déchaîné
  • Le Caennais déchaîné
  • : Actualités sans concession sur Caen et ailleurs...
  • Contact

Profils

  • Le Caennais déchaîné
  • Ecrivains, Photographes, Correspondants, Membres de la Société Civile...
  • Ecrivains, Photographes, Correspondants, Membres de la Société Civile...

Rechercher

Archives