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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 17:19

 "Fais bon accueil aux étrangers, car toi aussi, tu seras un étranger."  Roger Ikor


http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/
  

 

(Photo : Inconnu)

La Rédaction du “Caennais déchaîné » tient à porter à votre connaissance des faits qui, à son humble avis, sont entrain de devenir banals, tant ceux-ci deviennent récurrents. Encore quelques années à patienter, et ce seront les (mauvais) français à qui l’on demandera d’aller se faire voir ailleurs.
  Nous en profitons pour réactualiser Pierre Daninos : "La terre compte soixante-trois millions de Français, et six milliards d'étrangers".

Voici donc l’odyssée d’un professeur-chercheur brésilien, de sexe féminin, qui ose batifoler hors espace Schenghen, comme n’importe quel autre professeur-chercheur brésilien, de sexe féminin, qui ose batifoler hors espace Schenghen... expulsé manu militari de France.

 

(Celle ou celui qui trouve la syntaxe idiote est prié(e) de nous dénoncer - en n'omettant pas de nous indiquer ses coordonnées - auprès de Monsieur le Ministre de la Déportation et des Camps de Concentration.)

 _____________________________________ 


Chers collègues et camarades

C'est avec colère que je vous fais suivre ce long message en demandant à
tous qu'il soit largement diffusé.
Ministres et conseillers de cabinet osent nous parler de l'image de
notre université à l'étranger", que notre grève contribue, parait-il, à
ternir.
Une histoire absolument vraie, comme celle-là, montre dans le monde
entier une image de la France comme un état policier, soumis à
l'arbitraire. Elle est arrivée à une collègue brésilienne, elle peut se
répéter demain pour n'importe quel invité à un colloque, n'importe quel
ami étranger que nous invitons à passer une semaine ou deux à la maison,
plutôt que de se ruiner à l'hôtel !
Déjà nos partenaires s'inquiètent et se bardent d'attestations et de
documents ou même renoncent à venir participer à un colloque en France
ou à y passer une année d'études post-doctorales, trop risqué !
L'histoire circulait depuis une quinzaine de jours, en portugais, sur
les réseaux universitaires brésiliens, nous l'avions déjà répercuté sur
le Réseau Pôle Brésil de Nanterre.
Elle est ici en français et complétée par les récits des collègues et
amis français qui, malgré leurs efforts, n'ont pas réussi à se faire
entendre de la police et à empêcher l'expulsion scandaleuse d'une
universitaire qui venait en France passer ses vacances chez des amis et
prendre quelques contacts professionnels.

À propos, cette année 2009 est l'Année de la France au Brésil, avec
force commémorations officielles, visite du Président français le jour de
la fête nationale brésilienne, le 7 septembre, comme le Président Lula
avait visité la France le 14 juillet 2005, pour l'Année du Brésil en
France, et aussi des colloques parmi lesquels un que je
co-organise, consacré aux "Réseaux intellectuels France-Brésil, 19e-20e
siècle".

Pour le 21e siècle, combien faudra-t-il de "laisser-passer" pour que les
Réseaux fonctionnent ?

Cordialement

Idelette Muzart
Université Paris Ouest Nanterre
Responsable du Réseau Pôle Brésil

 

Début du message réexpédié :


Honte et révolte sont les deux sentiments qui m'animent depuis vendredi
dernier.
Honte d'être français et révolte contre un pouvoir qui a comme ligne de
conduite la répression dans tous ses états !

Les faits : Vendredi 10 avril 2009 une amie brésilienne,
professeur-chercheur en université, a été retenue par les services de la
police française à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle et a passé la
journée en rétention parce qu'elle n'avait pas une attestation d'accueil
officielle mais seulement une attestation d'hébergement rédigée par
Riviane et moi comme nous l'avions toujours fait pour tous nos amis
brésiliens que nous avons accueillis depuis de nombreuses années.
Malgré nos interventions répétées nous n'avons appris son incarcération
que vers 18h et son expulsion avec 16 autres brésiliens et brésiliennes
par le premier avion en partance pour Rio de Janeiro à 21h50 le même
jour.

Je vous joins le récit de Solange et le mien en fichiers attachés. [je
les ai placés plus bas]

Nous avons appris par Solange que dans le groupe expulsé il y avait une
jeune fille qui avait payé 5 jours d'hôtel alors que son billet était
établi pour 7 jours.

Je suis révolté, non seulement par les conditions de détention, mais
aussi par la désinvolture et le manque d'humanité qui ressort de cette
lamentable affaire et plus encore par la restriction de nos libertés
individuelles qui découle des conditions de l'établissement de cette «
attestation d'accueil » officielle qui est demandée par l'État français
aux étrangers venant de l'extérieur de l'espace Schengen.

En effet renseignements pris, on demande l'avis d'imposition de la
personne qui accueille, trois quittances d'électricité, une quittance de
loyer, l'état de salubrité du logement et la photocopie de la pièce
d'identité entre autres renseignements et 45 euros de timbres fiscaux.

Et la mairie ou la préfecture peuvent ne pas autoriser l'accueil. La
France a vraiment perdu son aura de « terre d'accueil ».

N'avons-nous plus le droit de recevoir nos amis étrangers sans en
demander l'autorisation ? C'est une restriction de plus de nos libertés
individuelles.

Si comme moi vous êtes choqués et honteux faites passer ce courriel à
tous vos amis. Merci

Yves Bellenand
Paris


Le récit de Solange França

Comme tous mes amis le savaient j'avais programmé d'aller à Paris en
vacances, visiter un couple d'amis Yves et Riviane, fêter mon
anniversaire, établir des contacts avec des instituts de recherches et
d'enseignement et de réaliser mon rêve de connaître la France
Je suis partie d'Ilhéus le 9/4/09 à 12h32, destination Salvador de Bahia
par le vol TAM 3680 (TAM LINHAS AERAS SA) puis de Salvador de Bahia
destination Paris par le vol TAM 8068 arrivée à l' Aéroport Charles de
Gaulle à 14 heures le 10 /04/2009.

Au sortir de l'avion dans l'aéroport CDG, j'ai été retenue pour la
vérification des documents. J'ai été conduite sans aucune explication
dans une salle de la police française (DPAF de Roissy). Une policière a
alors demandé de vérifier mon passeport, mon billet d'avion de retour,
l'argent disponible, l'attestation d'hébergement et mes assurances. Pour
prouver mon hébergement j'ai présenté une attestation d'hébergement
faite par Yves et Riviane Bellenand, ce couple d'amis qui devaient
m'héberger durant tout mon séjour à Paris.

Je lui ai expliqué que je n'avais pas d'assurances spéciales mais j'ai
présenté ma carte d'assurance privée brésilienne, un bulletin de salaire
émis par le gouvernement de l'état de Bahia datant de mars 2009,
montrant que je suis en activité à l'Université de Santa Cruz à Bahia
(Brésil) comme enseignante-chercheur. Sans autres explications, j'ai été
conduite avec deux autres personnes vers une autre salle de la police
dans laquelle se trouvait déjà un autre brésilien.
J'ai demandé des explications au policier à l'accueil mais il m'a dit de
m'asseoir avec un ton de voix menaçant et agressif. À ce moment là, j'ai
réalisé que j'allais être expulsée de France et que je ne pourrais pas
demander des éclaircissements parce que je craignais d'être considérée
comme « agressive » ce qui pourrait aboutir à des événements encore plus
graves comme par exemple être mise en prison sur le territoire français.

Plus tard un autre policier a mis des gants et a demandé au brésilien de
le suivre dans une autre salle. Dix minutes plus tard un autre brésilien
a été aussi emmené. Après deux policières ont demandé à deux autres
filles qui nous avaient rejoint d'aller dans une autre salle. Après ça a
été mon tour.

Dans cette salle il y avait mon sac à dos et mon sac à main. J'ai dû
mettre tout sur une table et m'éloigner de mes affaires et les deux
policières ont tout fouillé. Elles ont confisqué mon passeport et mon
argent (200 réals, 100 dollars et 1800 euros). À ce moment-là j'ai
demandé à nouveau des éclaircissements sur l'expulsion mais une
policière m'a dit de
« fermer ma gueule » sur un ton menaçant.
L'autre policière s'est alors rendue compte que je ne constituais pas un
risque pour la sécurité française et qu'ils avaient commis effectivement
un excès de zèle en m'empêchant de rentrer en France. J'ai de nouveau
présenté à cette policière mon bulletin de salaire mes trois cartes de
crédit (Visa Ourocard Platinum, Mastercard Ourocard Platinum et Ourocard
Gold toutes émises par la Banque du Brésil), l'attestation d'hébergement
et des e-mails des professeurs et collègues de travail avec lesquels
j'avais l'intention de m'entretenir durant mes vacances. En effet
j'envisageais de faire un post-doctorat en France dans un futur proche.
J'ai montré l'e-mail du professeur Henri PLANA (professeur français à
l'UESC - Université de l'État de Santa Cruz à Bahia, Brésil) qui est en
ce moment en stage post-doctoral au Laboratoire d'Astrophysique de
Marseille), de Michel Jean DUBOIS (français, biologiste, qui travaille à
Intervivos
(http://www.intervivos.fr/ ) et de
Marcelo DE PAULA CORREA chercheur brésilien, en stage post-doctoral au
LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales).

J'ai expliqué que je n'avais pas d'invitation officielle pour visiter
ces laboratoires parce que j'étais en vacances, mais que, même en tant
que touriste, et comme coordinatrice de recherches de l'Université
j'allais aussi prendre des contacts professionnels pour envisager un
post-doctorat et pour articuler avec des institutions françaises la
soumission de projets dans le cadre du 7ème Programme pour
l'Investigation et le Développement Technologique de la Communauté
Européenne.

Quand j'ai demandé à cette policière comment je pourrais inverser la
situation, elle m'a informé que ce serait seulement possible grâce à une
intervention de l'ambassade du Brésil en France, et que dans la salle où j'allais être « détenue » il y avait un téléphone et que je pourrais
m'en servir. La même policière m'a donné le numéro de téléphone de
l'ambassade (01 43 59 89 30).

J'ai été conduite dans une salle de détention ou il y avait déjà 5
autres personnes détenues. J'avais uniquement les vêtements que j'avais
sur moi, un papier avec les numéros de téléphone de Henri et de Riviane
et celui de l'ambassade. Mon sac à dos et mon sac à main sont restés par
terre dans un couloir d'accès à cette salle et mon passeport et mon
argent ont été retenus par la police française.

J'ai appelé le numéro de l'ambassade qui répondait seulement avec un
répondeur indiquant un numéro à contacter pour les urgences (06 80 12 32
24). J'ai laissé un message sur un deuxième répondeur pour expliquer ma
situation. « Détenue dans un aéroport d'un autre pays, désespérée,
espérant une aide officielle du Brésil je n'arrive à parler qu'à un
répondeur ».

Avec un unique téléphone dans une salle de détention où se trouvaient
maintenant quinze autres personnes j'ai enfin réussi à parler avec mon
ami Henri qui était à Marseille en lui demandant de me venir en aide et
de contacter l'ambassade du Brésil en France et avec mes amis Yves et
Riviane qui se trouvaient à l'aéroport Charles de Gaulle, essayant de
résoudre le problème.

Le temps passait, quelques personnes désespérées, d'autres en larmes
dans une salle pas propre et où il y avait seulement dix places assises
avec un unique téléphone disputé par tous.
L'énervement, le sentiment d'insécurité et le désespoir augmentaient.

Je crois vers 17 heures (je n'avais pas de montre) on nous a apporté de
la nourriture dans un sac : une boite de salade au thon, un morceau de
pain, un paquet de chips, une bouteille d'eau et un dessert crémeux de
bananes et pêches qui a servi a écrire les numéros de téléphones que
nous obtenions sur le mur de la salle de détention (nous n'avions ni
papier ni crayon !).

Vers 18 heures nous étions tous conduits de nouveau dans la salle du
département de police où un interprète allait nous signifier notre
expulsion. Plusieurs personnes désespérées voulaient des
éclaircissements mais en réalité c'était une formalité de plus qui était
destinée à nous informer que nous quitterions la France par le premier
vol et que la seule solution était de signer les termes du « refus
d'entrée en France » composé de 5 pages toutes écrites naturellement en
français.

Puis on est retourné dans la salle de détention ou j'ai réussi à avoir
au téléphone un fonctionnaire du consulat du Brésil qui était au courant
de ma situation ayant écouté le répondeur et ayant parlé avec mon ami
Henri. Il m'a informée qu'il ne pouvait rien faire et que je devais
retourner au Brésil. J'ai réussi à parler avec Yves et Riviane qui
étaient toujours à l'aéroport et qui avaient déjà fait des tentatives
inopérantes pour prouver qu'ils allaient vraiment m'héberger chez eux.

Vers 21 heures le 10 avril 2009 la police française m'a rendu mon argent
et j'étais conduite avec 16 autres brésiliens escortés par 10 policiers
français, à la porte d'embarquement pour prendre le vol Tam JJ 8055
destination Rio de Janeiro.

En arrivant à Rio le personnel de la TAM - inefficace et montrant leurs
préjugés - m'ont rendu mon passeport et j'ai été conduite à la police
fédérale brésilienne pour ensuite prendre le vol TAM JJ 8068 destination
Salvador de Bahia, et après le vol TAM JJ 3660 destination Ilhéus.
J'aurais dû avoir mes valises à l'aéroport de Rio de Janeiro mais je ne
les ai pas encore reçues (le 13 avril) !

Enfin après plus de 75 heures pénibles mon amie Anna Cristina SHILLING
m'attendait tendrement et avec solidarité à l'aéroport d'Ilhéus

Je remercie beaucoup mes amis Henri Plana, Yves et Riviane Bellenand qui
en France ont essayé de résoudre cet énorme problème.
Je remercie de leur solidarité mes amis français Yvonnick Le Pendu et
Michel Jean Dubois et je remercie Anna Christina d'être toujours
présente dans les moments difficiles.

Et maintenant je voudrais formuler quelques remarques et questions :

1)- L'agence de voyage brésilienne aurait dû m'informer des documents
nécessaires pour le voyage. J'ai posé la question au moment de l'achat
du billet ;
2)- La compagnie aérienne pourrait informer ses clients des documents
nécessaires pour le voyage en France
3)- L'ambassade et le consulat brésilien en France n'étaient pas ouverts
le vendredi et la personne de garde ce jour là n'a pas montré le moindre
intérêt à résoudre la situation
4)- on ne peut plus visiter ses amis en vacances ? Est-il obligatoire de
rester à l'hôtel ?

Ce message bien que long ne parvient pas à dire la grande frustration,
la peur, l'insécurité, le manque de respect et les préjugés que j'ai
vécus durant ces 75 heures.

Présentement je voudrais que les autorités brésiliennes et françaises
prennent connaissance de « l'événement » que j'ai vécu et aussi donner
des éclaircissements.

En fait, ce qui devait être un cadeau d'anniversaire a généré beaucoup
de souffrances.

Cordialement
Solange

Suite du récit de Yves Bellenant

Vendredi 10 avril, 14 heures, je suis à l'aéroport Charles de Gaulle
venu accueillir notre amie brésilienne Solange França qui vient passer
trois semaines avec nous. C'est l'occasion pour elle de fêter son 40e
anniversaire et de prendre aussi des contacts professionnels en vue d'un
post-doctorat. Solange est professeur-chercheur à l'Université Santa
Cruz de Bahia.
L'avion s'est posé à l'heure.
15 heures, Pas de Solange !
15h30, j'interpelle un policier et lui demande si tous les passagers
sont sortis de la salle de débarquement. « Non, il y en a encore en
salle de police ! »
16 h, inquiet, je demande à un douanier qui passait s'il veut bien me
dire si Solange Fronça a quelque problème. IL revient dix minutes après
« la personne est retenue par la police parce qu'elle n'a pas tous ses
papiers en règle. Vous devez vous rendre dans la zone de fret 1 à ZAPI 3
»

Aucune indication dans la zone de fret 1 ne signale la ZAPI 3 ! Je finis
par trouver. Là j'expose la situation et on me dit qu'on ne peut me
donner aucun renseignement les personnes détenues n'étant pas encore
transférées en Zone de détention. Elle me donne un numéro de téléphone à
appeler entre 19 h et 20 h et me fait comprendre que je ne peux rester
là.

Vers 18h nous réussissons à avoir la ZAPI au téléphone « deux problèmes
: attestation d'hébergement non officielle et problème d'assurances. »
Nous arrivons devant la grille de la ZAPI à 19 h 20 Là, « c'est fermé
revenez demain matin à 8 h. » Une pancarte signale les horaires de «
visite » de 19 h à 20 h.

Nous nous rendons à l'aéroport et nous demandons à voir l'officier de
police de quart. Nous expliquons à un policier que nous n'étions pas au
courant de l'attestation d'accueil délivrée par la mairie ou la
préfecture mais que nous avons fourni une attestation d'hébergement sur
papier libre. L'officier de quart dit « impossible ! »

Notre amie a été renvoyée dans son pays à 21 h 50 sans qu'on ait pu la
voir !

Réseau Pôle Brésil
Université Paris Ouest Nanterre La Défense


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commentaires

Evelyne 27/05/2009 16:25

Bonjour

Le DAL, la CNL, Solidaires, la CSF, la LDH ont lancé un Appel pour
mettre en place le RESEL, Réseau Stop aux Expulsions Locatives
qui devrait s'appuyer sur des comités locaux ou départementaux
AC!, APEIS et MNCP sont sollicités pour signer cet Appel

Evelyne

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