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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 18:37

« Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire, quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris. » Julien COUPAT

http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/

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           En préambule à l’entrevue parue dans « Le Monde », le 26 Mai dernier - animée par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot - de Julien Coupat, mis en examen pour « terrorisme » le 15 novembre 2008 avec huit autres personnes, nous reproduisons un commentaire d’Hervé.

 

De son côté, la Rédaction du « Caennais déchaîné » considère que Monsieur Julien Coupat fait partie intégrante des « éveillés ». NDLR


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Bonjour,

Je vous écris rarement dans [air] ces derniers temps, pour des
raisons tant personnelles que politiques (j'ai du mal à voir
venir la montée d'un ordre autoritaire et inégalitaire
d'une main et l'absence du désir d'y résister de l'autre).

Mais je fais une exception maintenant pour vous retransmettre
l'interview que Julien Coupat vient
de donner par écrit au journal Le Monde.

Je le fais pour au moins quatre raisons :

- vous allez en entendre parler dans les heures qui viennent,
  si ce n'est déjà fait, et compte tenu de la teneur et du
  style de ce texte, on pressent déjà les déformations
  médiatiques qui vont l'accompagner. Autant que vous ayez
  l'original pour vous faire votre opinion

- le texte (une interview par écrit, dont on peut donc penser
  qu'elle émane vraiment de Julien Coupat) est d'un style
  flamboyant. Mes lecteurs savent combien j'apprécie. Il est
  parfois dur à suivre, car c'est un texte de haute pensée. Un
  véritable travail d'intellectuel qui a pris le soin de
  refuser la prose académique. Un texte qui fera date, car
  voir une telle analyse dans un journal reste une opération
  très rare. Un éditorial sous la forme d'une interview dont
  on reparlera quand le voile de fumée, d'apesanteur,
  d'impuissance qui est tissé aujourd'hui autour de l'état
  réel du monde sera dissipé... par la force même de la
  brutalité qui fait aujourd'hui litière y compris des "libertés
  formelles" et de l'Etat de droit.

- le regard, porté depuis l'autre côté des murs de la prison
  nous renvoie avec acuité la sensation de cette même extension
  de la prison par delà tous les murs. Quand nous manifestions
  avec les chômeurs et les déclassés dans les années 90, nous
  disions bien que c'est au travers de ce que les médias
  continuaient à appeler les "exclus" que se dessinait le centre
  de la société précaire. C'est aujourd'hui tellement évident.
  Quand Julien Coupat dit que c'est de l'enfermement que vient
  la conscience des prisons qui ont d'ores et déjà ligoté les
  hommes et les femmes de nos sociétés gavées de shit et de
  neuroleptiques, il parle déjà de ce qui sera évident demain.

- enfin, la démonstration de la fable de "l'anti-terrorisme"
  comme modèle du droit de dire ce que les tenants de l'ordre
  veulent qu'il soit dit en dehors de l'Etat de droit est
  imparable. Il n'est plus question de faits, de la règle
  fondamentale qui veut que l'on accuse à partir d'éléments
  matériels. Il suffit de désigner ! Comme au temps de la
  prison de la Bastille et son arbitraire. Mesurez l'extension
  mondiale de cette nouvelle forme de l'Etat autoritaire quand
  Obama veut instaurer l'emprisonnement sous soupçon.
  Revisitez vos vieux films de science-fiction. On y est ! Et ça
  pue vraiment.

Je n'avais pas encore lu "l'insurrection qui vient". J'avais un
peu peur du micmac médiatique. Si la réflexion, que je subodore
collective, et représentant un regard lucide, dont le désespoir
et la colère mêmes sont certainement la marque de la lucidité,
est du même tonneau, je cours l'acheter.

La police le trouvera dans ma bibliothèque.

Hervé

 

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Comment vivez-vous votre détention ?

 

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

 

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

 

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène. Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

 

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous?

 

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'Outre Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au coeur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

 

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes" !

 

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?

 

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.

 

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

 

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

 

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.

 

Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

 

Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé.

 

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarchoautonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.

 

La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?

 

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant.

 

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

 

Rien ne permet d'expliquer que le département algérien du renseignement et de la sécurité suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

 

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

 

Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.

 

L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.

 

L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des coeurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre insurrectionnelle], qui en savait quelque chose.

 

Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit coeur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".

 

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d'autres encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

 

Vous êtes issu d'un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

 

"Il y a de la plèbe dans toutes les classes" (Hegel).

 

Pourquoi Tarnac ?

 

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l'expliquer, je le crains.

 

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

 

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir ?

 

Etes-vous l'auteur du livre L'insurrection qui vient ?

 

C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L'insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L'insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans L'insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

 

De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

 

Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement, cela signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l'injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de L'insurrection qui vient– et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

 

J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n'offrira de remède.

 

Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

 

 

Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

 

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

 

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux.

 

Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

 

Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.

 

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

 

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

 

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

 

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

 

Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon coeur.

 

La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

 

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

 

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manoeuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.

   

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolongation-de-ma-detention-est-unepetite-vengeance_1197456_3224.html


  http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/

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Publié par Le Caennais déchaîné - dans Opinion
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Jackie de Caen 15/06/2009 20:42

Note à propos des "pages qui ne marchent pas"
> ------------------------------------------------------------------------
>
> En cette période de généralisation du contrôle, nous vous proposons en priorité
> des liens en httpS, c'est à dire des liens avec des connexions "sécurisées", un
> peu comme quand on se connecte à sa banque. Il est possible que votre navigateur
> râle en visitant ces sites ; si c’est le cas :
> - lisez et suivez les recommandations de cette page [1]
> - ou enlevez le S de https et ça devrait aller
>
> Pour aller plus loin, si vous souhaitez anonymiser votre surf, découvrez le
> projet Tor [2].
>
> [1] http://wiki.boum.org/Boum/CertificatSSL
> [2] http://www.torproject.org
>
> _______________________________________________
> Diffusion mailing list
> Diffusion@soutien11novembre.org
> https://boum.org/mailman/listinfo/diffusion

Jackie de Caen 15/06/2009 20:33

> - Fête de la cagoule
>
> Des comités de soutien aux inculpés de Tarnac, à ceux qui luttent
>
> On se bat aujourd’hui, comme hier, comme avant-hier, comme toujours, des
> hommes et des femmes se battent, pour leurs droits, pour garder leur
> emploi, pour travailler moins ou moins durement, pour des salaires moins
> rachitiques ; partout on se bat pour la liberté, pour son hôpital ou
> contre la prison, pour trois sous, pour des médicaments, pour l’honneur,
> pour les allocations, on se bat pour ses amis, sa soeur, son père, son
> frère ou sa mère, pour sauver la recherche, pour l’idée qu’on se fait de
> l’éducation ou de la psychiatrie ; pour plus d’avantages, pour moins de
> soucis, on se bat pour sa survie, on se bat parce qu’on ne veut pas crever
> ou parce que l’on crève de rage, ou bien encore parce que le mépris des
> gouvernants et des patrons, des juges et des contrôleurs sociaux, des
> cabinets d’études, des experts, des connards patentés et de ceux qui vous
> expliquent qu’il faut patienter encore, encaisser un petit peu plus, sous
> peine de payer de sa peau – parce que le mépris qu’on nous oppose est si
> évident et si insolent, on se bat aussi sans savoir bien pourquoi mais
> parce que ça vous tombe dessus ; partout, toujours, on se bat. Les raisons
> ne sont pas à discuter, la force qui les habite se charge de leur donner
> raison. Mais à coup sûr on se bat aujourd’hui avec plus de sérieux
> qu’hier, avec plus de sérieux qu’il y a dix ans, on se bat avec plus de
> sérieux qu’on ne l’avait fait depuis longtemps. On n’est moins prêts à se
> faire virer, massacrer ou affamer sans conséquence. Quand une
> délocalisation comme il y en a tant entraîne la destruction d’une
> préfecture (Continental), quand les employés d’ErDF et de GrDF rappellent
> par les faits qu’être employé dans les secteurs de l’énergie c’est aussi
> être en mesure d’éteindre la machine, quand on sort le canon pour garder
> son hôpital (Carhaix), voilà qui est sérieux, voilà qui a le mérite de
> rappeler que l’histoire est une puissance dont les hommes peuvent à chaque
> instant se ressaisir, au grand dam de ceux qui en sont, temporairement,
> les vainqueurs.
>
> A ce sérieux du peuple, et comme en miroir, répond le mépris des
> gouvernants et des gestionnaires, leur mépris sans limite, et ceci est
> leur forme de sérieux propre, c’est le sérieux des gouvernants. A ce
> sérieux du peuple, à ce sérieux qui est plein d’histoire, qui est plein de
> l’histoire du peuple, à ce sérieux qui est le retour de l’histoire, les
> gouvernants opposent leurs airs de bouffons grimaçants, leurs airs de
> courges satisfaites à Saint-Tropez, la nouvelle petite Marie-Antoinette
> présente son caniche à la presse, on organise comme de rien des sommets
> sur l’immigration, à Vichy bien sûr. Mais cela n’est pas tout. Il faut au
> sérieux vacillant de nos petits maîtres une quille, comme en ont les
> bateaux, une quille pour ne pas basculer trop fort, à la première vague.
> Et cette quille, c’est la peur. Au fait tout simple, au fait très
> élémentaire, et de toujours, que des hommes et des femmes se battent, on
> invente des noms de croquemitaine. C’est ainsi qu’on produit sur la scène
> médiatique les « casseurs », les « bandes » et les « terroristes », les «
> jeunes des cités » ou les « clandestins », comme on présentait jadis les «
> sorcières » au public avant de les brûler. Par un usage savant et
> crapuleux des nomenclatures, le journal de 20h et les discours des
> ministres ont rebaptisé, pour les lui rendre étrangères et odieuses, des
> techniques de lutte qui ont toujours appartenu au peuple, et notamment au
> mouvement ouvrier : il est devenu banal d’appeler une simple grève une «
> prise d’otages », on a même essayé récemment de qualifier un sabotage sans
> danger « d’attentat terrroriste ». Contre les sorcières, c’est bien connu,
> tout est permis. La prison bien sûr, avec ou sans procès, les contrôles
> judiciaires exorbitants, qui fixent les lieux d’habitation et les trajets
> autorisés, interdisent à l’ami de voir l’ami, au frère de voir la soeur ;
> et, quand « l’ennemi intérieur » est suffisamment avéré, par sa mauvaise
> naissance par exemple, les vexations infinies, les attaques de la police,
> à l’occasion le massacre. Tout ceci, les dénonciations publiques, les
> fabriques d’épouvantails, les dispositions pénales et militaires, visent
> d’abord à défaire les liens, les liens non-neutres, qu’il y a entre les
> êtres, les liens politiques. Les liens ne cessent pas quand on le leur
> demande, ils ne connaissent pas de Grenelle,l’amitié est la chair du
> politique – ou bien le politique est une insanité. Évidemment, nous avons
> besoin de bien plus qu’une manifestation, il nous faut des liens plus
> durables et plus joyeux, à la mesure du sérieux de la situation. Mais
> cette manifestation-là pourrait être une première rencontre, c’est notre
> invitation. Faites comme chez vous.
>
> RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h - MANIFESTATION
> PARIS - RER LES HALLES - Fontaine des innocents
>
> --> http://manifdu21juin.com
> --> l'affiche : https://soutien11novembre.org/IMG/jpg/CROCHETA2-2.jpg
>
>
>
> Fête de la cagoule
> ------------------------------------------------------------------------
>
> Le pouvoir panique. Il se débat, gesticule ; sans hasard, il frappe
> aveuglément :
> Tarnac, Villiers-le-bel, les séquestrateurs de Caterpillar ou les coupeurs
> d’EDF. Les facs bloquées, les profs obstinés, les « casseurs » de
> continental, les « terroristes » de l’ultra-gauche, les cheminots «
> preneurs d’otage », tellement d’ « exemples ».
>
> Le lynchage médiatique, la police, les gardes-à-vue, les inculpations, les
> procès, les amendes, la prison. Ce n’est pas seulement une réponse à tous
> ceux qui s’organisent pour survivre et contre-attaquer, c’est aussi un
> symptôme :
> il n’y a plus que le recourt permanent à la police qui puisse retenir le
> pathétique effondrement de cette société.
>
> Le gouvernement craint les cagoules, parce qu’il sait que la révolte n’a
> plus de visage. Parce que les bandes sont devenues la forme la plus
> élémentaire de solidarité, il met tout en oeuvre pour les atomiser.
>
> Mais ces attaques insistantes pourraient aussi bien devenir une formidable
> opportunité. Alors qu’ils rêvent de nous voir seuls, isolés et désarmés,
> il est temps, enfin, de nous retrouver.
>
> RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h - MANIFESTATION
> PARIS - RER LES HALLES - Fontaine des innocents
>
> --> http://fetedelacagoule.com
> --> https://soutien11novembre.org/IMG/jpg/NOIRA2-2.jpg
> --> https://soutien11novembre.org/IMG/jpg/AFFICHEcagpetit-2.jpg
>
>
>

b.mode 08/06/2009 07:52

6 mois de cabane pour des prunes... ça file pas la banane. Apportez-lui des oranges qui disait...

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