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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 13:12

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Nous reproduisons, à la demande de
Philippe Cléris, membre du collectif Bienvenue En Normandie, le compte rendu qui suit avec liens afférents. NDLR 

_____________________________________

Colloque de CAEN,  20 juin 2009 (9h00- 14h00) Abbaye aux Hommes/ Hôtel de Ville

 

« Sortir de notre réserve ! Normandie, Grand Paris, quel aménagement du territoire ? Quelle stratégie pour la grande agglomération caennaise face au Grand Paris ? »

 

Personnalités présentes :

 

1)     Politiques :

 

M. Philippe DURON, député maire (PS) de Caen, président de l’agglomération Caen la Mer et du syndicat mixte « Caen-Métropole »

M. Laurent BEAUVAIS, président du Conseil Régional de Basse Normandie (PS)

M. Yves GASDOUE, maire et président de la CU de Flers (PS)

Mme Dominique LEFRANCOIS, maire de Troarn, présidente de la commission « Pays de Caen-Métropole »

M. Dominique VINOT- BATTISTONI, maire de Biéville-Beuville, président de la commission « Aménagement du Territoire » à Caen la Mer (spécialiste en urbanisme)

Mme Clotilde VALTER, conseillère générale du Calvados (PS)

M. Luc DUNCOMBE, conseiller municipal d’opposition au CM de Caen

 

2)     Spécialistes :

 

M. Vincent FOUCHIER, directeur général adjoint de l’IAURIF, délégué à la coordination du schéma directeur de la région Ile de France, membre du conseil scientifique du Grand Paris

M. Philippe SUBRA, géographe et géopoliticien (revue « Hérodote ») professeur à l’institut français de géopolitique de Paris (Paris VIII Saint Denis)

M. Michel SAVY, géographe des transports et de la logistique, professeur à l’université de Paris XII et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.

M. Lionel ROUGE, géographe du périurbain, maître de conférences à l’université de Caen

M. Pascal BAISNEE, président du pôle de compétitivité TES (transactions électroniques)

M. Sydney GALES, directeur du GANIL

 

COMPTE RENDU DES DEBATS AVEC NOS COMMENTAIRES

 

 

Introduction par Philippe DURON

 

Le député maire de Caen commence par souligner la passion qu’aurait pour la Normandie le président de la République Nicolas Sarkozy dans toute une série de déclarations et de prises de position (ex : devant l’assemblée des maires de France en novembre 2008 pour souligner l’absurdité de l’existence de deux Normandie). Mais la dernière annonce du 29 avril 2009 sur un projet de LGV pour un TGV Paris/ Le Havre en moins d’une heure combiné à celle d’un Grand Paris étendu jusqu’au Havre qui semble donner la préférence au projet de l’architecte urbaniste Antoine GRUMBACH a semé le trouble : cette annonce est-elle vraiment compatible avec le projet de long terme d’une « réunification normande » ?

Est-ce compatible avec les annonces actées et confirmées par Dominique Bussereau, secrétaire d’état aux transports le 6 avril dernier à Caen pour moderniser l’actuel réseau normand au départ de la gare Paris St Lazare pour un coût de 4,5 milliards, sans promesse de LGV nouvelle, suite à l’amendement déposé par le député maire de Caen portant sur la  modification de l’article 11 de la loi cadre « Grenelle de l’Environnement » qui n’avait pas prévu au départ un développement ferroviaire pour la Normandie ?

Y a-t-il dans ce Grand Paris présenté par Antoine Grumbach un risque de « dislocation des Normandie, de la Normandie » ?

 

Il y a donc une incohérence manifeste ! Interrogé, Dominique Bussereau reste muet pour le moment renvoyant la responsabilité de gérer les deux projets ferroviaires en concurrence pour la Normandie au préfet Jean-Pierre DUPORT, chargé du Grand Paris au ministère des Transports. Le ministre attend, visiblement, une  clarification politique...

 

C’est le moment de réagir, de réfléchir et de proposer : « Notre destin ne doit pas se décider ailleurs et sans nous » a fermement précisé Philippe DURON en ajoutant qu’il y avait au moins un mérite à cette situation c’est qu’elle devrait nous obliger à réfléchir et à renforcer la cohérence des territoires normands dans le but d’éviter les « logiques de dislocation  de la Normandie ».

 Prise de parole de Laurent BEAUVAIS, président du CRBN

 

L’actuel président de la République semble méconnaître le fait régional qui a désormais toute sa légitimité après plus de 20 ans de décentralisation : l’actuelle vision « néo-colbertiste  centralisatrice » du chef de l’Etat ne doit pas faire reculer l’institution régionale. La réforme prévue des Collectivités territoriales ne doit pas affaiblir l’institution régionale (ne pas « cantonaliser », selon le mot d’Adrien Zeller, la région avec ce projet inepte de mandat unique territorial fusionnant conseiller général et conseiller régional)

 

Citant le grand géographe normand Armand FREMONT, Laurent Beauvais nous invite à la lucidité: « il y a une ombre portée de Paris sur les territoires périphériques du Bassin Parisien et nous avons une relation privilégiée plus qu’ambivalente avec Paris ». Concernant la région Basse Normandie, Caen y occupe naturellement la première place et la place centrale à condition d’y avoir un réseau opérationnel des petites villes bas-normandes en relation avec Caen (préoccupation déjà présente dans le schéma régional de la DATAR en 1972, année de la division en deux « Normandie »)

Mais la perspective d’une « réunification » est plus que jamais d’actualité : il faut avec la Haute Normandie une démarche « gagnant / gagnant » et la Basse Normandie ne manque pas d’atouts à mettre dans la future corbeille du mariage (les ports et la pêche, l’aéroport de Deauville, le pôle scientifique et universitaire de Caen, le pôle Movéo, la filière nucléaire, la filière équine et agro-industrielle, la culture et le tourisme patrimonial). Les coopérations privilégiées avec la Haute Normandie doivent se poursuivre (si Le Vern en veut !) sans oublier les liens avec l’Ouest (Bretagne et Pays de Loire).

Concernant la proposition Grumbach : « c’est trop focalisé sur le Val de Seine » et concernant l’annonce du TGV Paris/ Le Havre : « faire le pari de la prendre au sérieux » et agir très vite pour imposer l’option « sud » qui permettrait un vrai aménagement du territoire au service de toute la Normandie ce qui implique, outre les 75km de voies nouvelles à construire entre St Lazare et Mantes, une gare rive gauche Saint-Sever pour une connexion dans l’agglo de Rouen au futur TGV Nord bis contrairement à l’actuel projet de faire une nouvelle gare des betteraves, ce coup-ci, dans le Vexin à 25 km au Nord de Rouen et un tunnel ferroviaire sous l’estuaire de la Seine pour desservir autant Caen que Le Havre...

Ce sera l’objet de la prochaine réunion du groupe d’élus  de l’association « Normandie Grande Vitesse » le 25 juin prochain au CRBN à Caen.

 

En outre, Laurent Beauvais déplore que l’outil « Normandie Métropole » ait été cassé (ndlr : sabotée par son avant-dernière présidente en exercice, Brigitte Lebrethon,  maire de Caen jusqu’en avril 2008, l’association « Normandie Métropole » est en sommeil depuis novembre dernier, d’un commun accord entre les maires des trois villes et agglomérations concernées: sa liquidation financière reste un problème entier…Bref ! Un beau gâchis qui devrait intéresser les journalistes perspicaces…)

 

« Il faut d’urgence le remettre en service ! » a-t-il réclamé...sachant que le réseau métropolitain normand avait fait l’objet d’une validation du gouvernement Raffarin au printemps 2005 après un appel à projets de la DATAR… (Quel gâchis ! bis…)

 

Enfin, fustigeant le défaitisme « bas » normand (l’adjectif « bas » y invite presque par nature !) le président socialiste du CRBN a dit que « ce que le président veut, le gouvernement peut ! » : il y a urgence de travailler et de jouer « collectif » et d’être « offensif et clairvoyant » et de sortir de notre réserve (d’indiens...), bref ! Il s’agit « de croire en nous-mêmes »

 

Intervention de Vincent FAUCHIER, directeur général adjoint de l’IAURIF

 

Il n’y a pas qu’un seul projet de « Grand Paris », il y en a dix dans le cadre d’une vaste opération de recherche/ développement et aussi de communication...

Les notions que l’on retrouvent dans la plupart des projets sont celles de centralité (comment gérer l’hypercentralité parisienne avec les micro centralités qui se développent vaille que vaille dans la « grande couronne » ?) et celle de la mobilité notamment suite à l’annonce faite par Christian Blanc secrétaire d’état au « Grand Paris » d’un anneau de RER de 130 km notamment dans le Nord est parisien. Par contre, la notion de mixité sociale est moins présente dans les projets présentés que celle de mixité fonctionnelle. Les projets les plus réalistes et les plus prudents (donc les plus « sages ») prévoient d’adapter aux futures évolutions et contraintes urbaines les structures actuelles et présentes : requalifier, améliorer, valoriser, reverdir le Grand Paris (cf. projet de l’agence ROGERS « Les Mille projets du Grand Paris »). Cette démarche de « marketing territorial » s’oppose en fait à celle plus lourde et technocratique (et donc moins « sexy ») du SDRIF (schéma de développement régional Ile de France) qui met la priorité sur les infrastructures de transport et la construction de logements (70000 par an) en raison de la forte ségrégation sociale et économique du marché immobilier en région parisienne.

En sortant du nombril parisien, on s’aperçoit rapidement de l’existence de deux réalités que l’on ne verrait pas si l’on en restait à une vision de Paris vu de Paris... La première c’est que le contournement Ouest/ Nord ouest de la région parisienne n’est toujours pas fait (en clair : la Normandie est une banlieue de la banlieue ouest de Paris). La seconde c’est qu’au-delà de la relation privilégiée domicile – travail entre Paris et ses périphéries, se développent, de plus en plus, des synergies et des flux au sein même des périphéries : on peut même parler d’une « organisation interne au Bassin Parisien » et l’un des réseaux les plus actifs et les plus dynamiques c’est le nôtre ! Les relations inter-cités Caen/Rouen/ Le Havre se développent à l’ombre de la relation privilégiée à Paris...

C’est donc l’un des principaux enjeux du Grand Paris : développer les liens de périphéries à périphéries pour ne plus avoir des périphéries dominées. Mais il y a du travail à faire car un Paris/ Le Havre en corail classique met autant de temps que l’Eurostar Paris/ Londres !

 

Intervention (excellente et stimulante) de Philippe SUBRA, géographe spécialiste de géopolitique (Université de Paris VIII St Denis)

 

Il y a deux problèmes :

 

·        un problème urbanistique. Comment doit-on faire pour que Paris reste dans la course de compétition mondiale avec les autres grandes métropoles qui contrôlent toutes un accès à la mer ? (Avec cette question corollaire : la Normandie doit-elle être sacrifiée à la réussite de cette ambition ?)

 

·        un problème de « gouvernance » du projet de « Grand Paris ». Peut-on y arriver avec une méthode consensuelle et efficace et surtout, exempte de toute arrière-pensée politicienne ? Bien sûr que non ! Les rivalités de pouvoir et de personnes sinon de carrières personnelles et partisanes entre les représentants de l’Etat, le maire et le Conseil de Paris et les autres collectivités territoriales de la région francilienne sont plus vive que jamais ! Le bras de fer se joue autour de la validation toujours refusée pour le moment par le gouvernement et le secrétaire d’état UMP au Grand Paris Christian BLANC du « SDRIF » (Schéma de Développement Régional de l’Ile de France) mis en œuvre par la majorité socialiste du Conseil régional d’Ile de France présidé par Jean-Paul HUCHON avec le soutien actif de Bertrand DELANOE, le maire de Paris. En cas de création du « Grand Paris » ; à savoir le retour au département de Seine d’avant 1960 (fusion de Paris intra-muros avec les départements de la Petite Couronne) avec transformation des communes en communes d’arrondissement du Grand Paris, le Conseil Régional d’Ile de France n’aurait plus que les miettes rurales de la périphérie Nord est de la région capitale à se mettre sous la dent, à moins de devenir une agence fantôme de l’Aménagement du Territoire d’un futur Conseil du Grand Paris… Le président socialiste du Conseil Régional IDF a bien perçu le danger et a même reçu le soutien discret de certains élus UMP des conseils généraux concernés : Patrick DEVEDJAN président du CG92 et Valérie PECRESSE, tête de liste UMP pressentie pour les prochaines élections régionales… Leur soutien au « Grand Paris » est pour le moins modéré ! D’autant plus qu’en cas de création d’une Communauté Urbaine du Grand Paris, la sociologie électorale risque d’être défavorable à la droite… Du côté socialiste, on tente de réagir à l’initiative du président Sarkozy avec la création du « Syndicat mixte d’étude de Paris Métropole » : qu’ils soient de gauche ou de droite, tous les élus locaux franciliens ont plutôt intérêt à y être, ne serait-ce pour ne pas à subir sans réagir la volonté souveraine du Chef de l’Etat…Ce qui n’empêche pas les élus communistes de la banlieue Nord Est d’applaudir à deux mains, l’annonce faite par Christian BLANC d’un RER circulaire de 130km pour la nécessaire desserte de la banlieue à la banlieue…

 

La situation politique locale en Ile de France est donc pour le moins tendue : après le grand coup de pied présidentiel dans la fourmilière, les fourmis de la politique locale s’agitent en tout sens sur fond de tensions sociales et économiques accrues en Ile de France par la crise actuelle, par la ségrégation immobilière et foncière et par la pénurie générale de logements… Faire preuve d’une vision globale et concertée pour un vrai aménagement du territoire en Ile de France, c’est donc audacieux tant a été poussé loin la « balkanisation » (ndlr : la « Balkanysation » ?) de la prise de décision publique en Ile de France : du fait du statut très particulier de la ville de Paris, le mouvement intercommunal reste très faible en Ile de France… Mais question de « clochemerle » les élus locaux normands n’ont vraiment pas de leçons à donner à ceux d’Ile de France !

 

Face à toutes ces arrières pensées politiciennes qui remontent telles des vapeurs nauséeuses du marigot politique francilien, Nicolas Sarkozy a habilement pris le parti de la hauteur de vue en orchestrant une vaste opération de communication autour des projets d’urbanistes et d’architectes pour le Grand Paris du futur notamment pour faire rêver le grand public et surtout, pour avoir la légitimité médiatique de passer en force le moment venu à l’occasion de la future réforme des collectivités territoriales…

 

Et la Normandie, là-dedans ?

 

« Vous n’existez pas ! » répond le géographe avant de préciser : « si vous voulez vous faire entendre à Paris, faites la réunification ! ».

 

Et le géographe parisien d’expliquer comment les élus locaux de la région Nord Pas de Calais ont tout fait pour obtenir le meilleur de la SNCF, à savoir des dessertes en LGV ouvertes sur l’Europe connectées au réseau local des TER : les lobbies « ch’ti » ou « breton » fonctionnent, pourquoi n’y aurait-il pas un « lobby normand » ?

 

Philippe SUBRA est vivement applaudi par l’assistance et Philippe DURON fait remarquer que le cloche merle normand a stérilisé les projets sur les territoires en développant l’exemple de l’opposition inutile et coûteuse du Conseil Général du Calvados à la création du « Pays de Caen » avant de confirmer que « les Normands n’étaient pas le souci majeur des Franciliens » sauf pour être les habitants d’une « région récréative » dont a témoigné jusqu’ à la caricature la communication touristique de la ville de Deauville, communiquant autrefois sur le thème de « Deauville, 21ème arrondissement de Paris »…

 

Table ronde

(P. Baisnée ; M. Savy ; Y. Gasdoué ; D. Lefrançois ; S. Galès ; L. Rougé ; D. Vinot-Battistoni)

 

Intervention de Lionel Rougé

 Lionel Rougé, géographe à l’université de Caen et animateur de la table ronde fait d’abord un petit exposé synthétique de ses travaux sur la périurbanisation : la Basse-Normandie est présentée comme une « périphérie dominée » du Bassin Parisien où les phénomènes d’étalement du périurbain sont importants dans des territoires ruraux irrigués par des petites villes mais de plus en plus soumises à l’attraction urbaine lointaine de certaines agglomérations situées hors de Basse Normandie tendant finalement à réduire le statut de Caen à celui de … capitale de la Plaine de Caen…

 

Les analyses du collectif « BEN » sont ainsi confirmées : la Basse Normandie devient un « Ploukistan » par l’assèchement des espaces urbains (les jeunes les mieux formés et les populations les plus compétentes s’en vont, restent les pauvres et les vieux…)

 

La solution ? Développer la coopération de projets et de finance entre collectivités territoriales et impulser une vraie politique pour un aménagement économique et social du territoire : et ce jeune géographe toulousain fraîchement arrivé dans notre région de déclarer « la Normandie dispose encore de ressources spatiales généreuses, il faut cesser le laisser-faire! ». Là encore, une bonne remarque d’un géographe venu d’ailleurs qui ne connaît pas, cependant, l’initiative du « 276 » prise par les collectivités territoriales de Haute Normandie pour précisément palier le risque qu’il dénonce en Basse Normandie : une fois de plus, la division a de fâcheuses conséquences dont l’une des plus graves est une certaine méconnaissance réciproque des élites de « Basse » et de « Haute » des dossiers et problématiques de chaque demi-région, du fait que l’INSEE, par exemple, ne publie plus un atlas statistique « normand »…

 

Intervention de Michel SAVY

 Le port du Havre, malgré le recul sévère d’activité lié à l’actuelle crise mondiale, demeure le premier port français avec la région parisienne dans son hinterland : la concurrence est rude avec Anvers qui a le même profil et le même niveau d’activité que le port normand. Le Havre est une ville moyenne qui a besoin des agglomérations de Rouen et de Caen pour atteindre la taille critique suffisante pour peser. Un atout et un potentiel encore sous utilisé : la logistique de la Basse Seine normande. La région parisienne, délocalisant ses infrastructures de logistique dans le Loiret et plus à l’ouest en Normandie selon un classique effet de géographie subie « parce que les beaux quartiers ne veulent pas de camions », peut offrir à notre région le statut de première région logistique de France, sachant que la logistique multimodale (fer, route, voie fluviale ou aéroports) est appelée à se développer notamment sur des grandes bases spécialisées pouvant créer de nombreux emplois non délocalisables (ex : le projet de Mézidon-Canon qui pourrait permettre l’éclatement des marchandises venues du Havre sur l’arc Atlantique par le réseau ferroviaire). Pour le moment, la logistique en France s’organise sur l’axe traditionnel Paris/ Lyon/ Marseille. Mais dans l’Ouest de la France, l’organisation de pôles logistiques reste à faire : Le Havre a donc une formidable carte à jouer. Cela suppose, au préalable, une vision globale de l’aménagement du territoire d’un hinterland normand, c'est-à-dire de penser le désenclavement de la Normandie vis-à-vis de Paris pour que Le Havre soit, non seulement le port de Paris, mais aussi l’avant-port européen…

 

Intervention d’Yves GASDOUE, maire et président de la C.U. de Flers

 

Face à la menace de désertification rurale, les petites villes sont condamnées au volontarisme et à la lucidité pour ne pas subir… Le maire de Flers présente le projet Faurécia de Caligny : inauguration d’une usine de 1500 salariés avec unité de RD sur la sécurité des sièges et création d’une école d’ingénieurs avec le soutien de l’ENSI Caen…  Des projets ambitieux et complexes peuvent être réalisés dans les territoires ruraux  à condition de remplir deux conditions :

·        Avoir des pouvoirs publics locaux techniquement crédibles et compétents

·        Avoir une stratégie de travail en réseau et en partenariat avec toutes les collectivités territoriales concernées et avec tous les partenaires publics et privés, dans le but de ne pas décourager les bonnes volontés des investisseurs avec la complexité du mille feuille administratif français !

 

    Mais ce qui a été le plus déterminant pour la réussite de ce pari risqué et réussi d’ouvrir entre Flers et Condé sur Noireau, bassin industriel « sinistré » un site nouveau et ambitieux, c’est le soutien de l’agglomération caennaise, capitale régionale et du conseil régional, partenaires essentiels pour la réussite des projets dans les petites villes  de Basse Normandie.

 

Le maire de Flers s’est déclaré « interpellé » par le projet Grumbach en se posant la question des conséquences territoriales de tels arbitrages : « il faut éviter l’effet corridor avec Le Havre, au bout ». Le maire de Flers aurait-il lu la « Nausée » de Jean-Paul Sartre évoquant « Bouville », la ville du Havre de sa jeunesse tout au bout de tout qui l’écoeurait tant ? Il précise avec raison : « On risque d’avoir une Basse Normandie, territoire interstitiel coincé entre le Grand Paris et la Bretagne ! » avant d’ajouter, avec beaucoup de finesse, que ces annonces et projets avaient au moins le mérite de « relancer le débat sur la réunification entre Haute et Basse Normandie d’une bonne manière, non pas en reparlant de la querelle de la capitale mais en posant le problème de l’aménagement du territoire : quel pôle d’équilibre entre la Normandie et l’île de France ? »… Et de conclure en rappelant quelques vérités élémentaires de toute bonne analyse géopolitique, à savoir qu’il y a toujours « des rapports de force et qu’il ne faut pas faire d’angélisme » mais aussi : « quand on touche à l’essentiel, on met la politique politicienne de côté, on se met d’accord et on fait l’union sacrée »

 Les Normands se réveilleraient-ils ?

 

Intervention de Sydney Galès, président du GANIL

 

Il y a trente ans, comme à Flers aujourd’hui, le GANIL a été crée dans un champ à la périphérie Nord de Caen. Il s’agit d’un accélérateur d’ions lourds et il n’y a que cinq structures comparables dans le Monde entier ! Régulièrement, Caen accueille des colloques scientifiques internationaux consacrés à la recherche fondamentale en sciences physiques. Autour du GANIL s’est développé un campus unique au monde avec de nouveaux outils et projets (CYCERON ; ARCADE et SPIRALE II) qui vont placer le site caennais au meilleur niveau mondial dans la recherche nucléaire appliquée à la médecine mais pas seulement car SPIRALE II (200 millions d’euros d’investissements apportés par toutes les collectivités territoriales concernées) vise, ni plus ni moins, à reproduire le fonctionnement du soleil… Et Sydney Galès de dire que finalement, avec le départ du projet « Soleil » sur le plateau de Saclay c’est bien la « région parisienne qui est une banlieue de Caen et non l’inverse ! » puisque les chercheurs en physique nucléaire de la région parisienne vont régulièrement à Caen… Cet exemple brillant illustre parfaitement ce que nous n’avons jamais cessé de dire : ce n’est pas parce que Paris est trop près d’ici qu’il ne serait pas possible de faire ici des projets mais le contraire ! C’est parce qu’il n’y a pas assez de projets pour mettre en valeur le potentiel de notre région que Paris s’approche, dangereusement, de nous ! D’ailleurs le directeur du GANIL précise, lapidaire : « il faut survivre, si on ne fait rien on disparaît ! » avant d’ajouter qu’avec le GANIL de Caen et la filière nucléaire présente dans toute la Normandie (Haute et Basse) il y aurait moyen de valoriser cette filière et ses compétences pointues dans le cadre d’un véritable pôle de compétitivité (cette idée a fait l’objet d’un récent rapport du CESR de Basse Normandie) : en clair, la Normandie qui subit pour le moment que les inconvénients du Nucléaire (pollution symbolique ; risque de radioactivité ; lignes à haute tension ; mono-activité) pourrait davantage mettre en valeur ses avantages dans le cadre d’un réseau qui aurait une réputation scientifique internationale… Et Sydney Galès de conclure : « les réseaux solidaires sont plus forts dans la compétition territoriale, il faut s’associer avec les autres acteurs ».

 

Intervention de Dominique Lefrançois, maire de Troarn

 

Dans le pays de Caen, effet « cloche merle » oblige ! on a un gros retard à rattraper notamment pour accompagner l’étalement du péri-urbain et la mise à niveau des équipements publics pour des populations ayant de plus en plus d’exigences… Notre analyse du collectif « BEN » : Une fois de plus, il y a intérêt à ce que les collectivités territoriales travaillent plus en concertation, notamment dans une logique de coopération de projets et de finances : les grandes ressources budgétaires que permet le partenariat « 276 » en région Haute-Normandie  sont précisément mises à la disposition des projets des intercommunalités ce qui fait dire, à juste titre, que la Haute Normandie est à la fois plus riche et plus solidaire et que la Basse Normandie est à la fois plus pauvre et plus… divisée !

 

Intervention de Pascal Baisnée, président du pôle « TES »

 

Ce sont les services qui vont créer les nouvelles industries : en France, 70% des entreprises spécialisées dans les transactions électroniques sécurisées viennent à Caen. « On vient même de Paris ! » précise Pascal Baisnée… Le pôle « TES » de Caen, c’est près de 40% des entreprises créées récemment dans le secteur, 1500 emplois directs, 120 membres et 93 entreprises associées pour la desserte d’un marché représentant un million d’emplois industriels (quelques noms d’entreprises installées à Caen : EFF ; Innov Elitt ; Eurodemat ; Evamed ; Ingelis ; NXP ; Orange lab ; Proxyconcept ; TBS Internet ; Tokheim ; SAP ; etc…)

 

Intervention de Dominique Vinot-Basttistoni, maire de Bieuville-Beuville

 

Il y a aussi un « grand pari » de l’agglomération caennaise c’est de rester au « centre de sa région ». Mais pour cela il faut avoir la volonté d’agir, avoir une ambition, un projet d’agglomération pour animer la tête d’un réseau de villes sur toute la région. L’agglo de Caen a ses atouts : l’excellence scientifique et universitaire de son plateau Nord ; l’émergence du campus « Efficience » autour du pôle « TES » et l’arrivée prochaine d’un pôle « éco-construction » et d’un pôle « métiers du Livre et de l’édition » avec la venue à Caen du patrimoine de l’ancienne Imprimerie Nationale qu’il faut mettre en relation avec l’IMEC qui conserve et valorise les archives des principales maisons d’éditions françaises sur le site de l’abbaye d’Ardenne. Le profil culturel et scientifique de l’agglo de Caen s’affirme. Commentaire du collectif « BEN » : la décentralisation à Caen d’une Grande Ecole serait une idée intéressante aussi… (depuis Mexandeau, les élus y pensent…)

Mais l’agglo de Caen a des handicaps : son relatif enclavement et son manque d’accessibilité vis-à-vis de Paris et surtout un déclin de son attractivité métropolitaine sur le reste de la Basse Normandie… (ndlr : on se demande bien pourquoi !)

 

Réactions et interventions de personnes présentes dans la salle

 

Le collectif citoyen « Bienvenue en Normandie »

Tout d’abord félicitations pour cette initiative : face au projet d’un Grand Paris étendu jusqu’au Havre il faut réagir, il faut surtout agir. Le collectif « BEN » suit tous ces dossiers depuis trois ans et avait alerté sur les projets d’Antoine Grumbach dès novembre dernier. Il nous reste peu de temps pour proposer quelque chose d’alternatif. Trois remarques pour tout dire au plus vite :

·        La Nature a horreur du vide

·        Il faut unifier (et non pas réunifier) le projet régional et métropolitain normand

·        Le Havre pour être autre chose que le port de Paris, à savoir être l’avant-port européen, aura besoin de Caen et de Rouen : la « réunification » de la Normandie est désormais une vraie urgence !

 

Mme Josette Travert, présidente de l’Université de Caen

Un exemple illustre parfaitement la dynamique positive d’un réseau entre une agglomération centrale et les petites villes qui maillent un territoire c’est l’organisation de l’université de Caen Basse Normandie avec ses antennes et ses IUT. Pour tenir compte de l’échelle pertinente : depuis janvier dernier, un Pôle Régional d’Enseignement Supérieur regroupe les forces des trois universités normandes (ndlr : un PRES qui, aux dernières nouvelles, a du mal à démarrer tant ont été prises de mauvaises habitudes avec 38 années de division…). Et Mme Travert de préciser : « qu’il était bon d’être conscient de nos faiblesses mais qu’il convenait surtout de défendre nos atouts et ce d’une même voix, surtout à Paris »

 

Un représentant du patronat local

« Les idées de rassembler la Normandie ça ne marchera pas » a-t-il précisé arguant qu’il y a désormais trop d’intérêts divergents dans le « puzzle normand ». Et de préciser : « il y a des potentiels en friche depuis trop longtemps, c’est lamentable ! ». Commentaire du collectif « BEN » : on sera d’accord avec le constat, mais le défaitisme de certains décideurs « BAS » normands confondant allègrement les causes du déclin régional avec les conséquences d’une éventuelle « réunification » est désormais HORS SUJET !!!

 

Mme Clotilde Valter, conseillère générale du Calvados

Rappelle l’importance de la dynamique économique et logistique de l’Estuaire de la Seine et de Port 2000 pour l’avenir du Pays d’Auge et qu’il y a une urgence économique et sociale à un vrai désenclavement de la ville de Lisieux.

 

M  Luc Duncombe, conseiller municipal de Caen

Rappelle très utilement qu’il faut sortir de notre « passivité » de bas-normand : Caen et son territoire régional forment un seul élément cohérent. Face aux prétentions du Grand Paris que faut-il faire ?

·        « Etre ensemble pour peser ensemble »

·        Et surtout : « éviter deux réflexions parallèles qui s’ignorent, l’une bas- normande, l’autre haut-normande. Les Rouennais sont aussi inquiets que nous. Il faut une réflexion normande commune : nous avons un bien commun, l’Estuaire de la Seine »

 

Conclusion du colloque par Philippe DURON : esquisse d’un bilan de la division normande et perspectives conquérantes

 

Peut-être pour la première fois, on esquisse à Caen, officiellement, le bilan du déclin métropolitain normand conséquence directe de 38 années de division administrative :

 

Philippe DURON commence son propos par l’évocation de  certaines occasions ratées pour le maintien du dynamisme économique et métropolitain de l’agglomération caennaise, par exemple la colère d’un préfet de région devant le manque de réactivité des élus locaux qui n’osent pas candidater pour la venue de TOYOTA sur le site de l’ex SMN (Colombelles à l’est de l’agglomération) qui finira par aller à Valenciennes. Puis il fait le bilan d’un vrai déclin métropolitain de Caen depuis 40 ans commencé par la restriction de l’aire académique caennaise qui s’étendait, à l’orée des années 1960, sur les cinq départements normands plus la Sarthe et la Mayenne (Normandie-Maine). Il évoque ensuite le bon vieux temps du Caen de ses études, époque où Caen « était une vraie capitale régionale avec deux quotidiens régionaux : Ouest France et Paris Normandie »… Puis il insiste sur les puissantes tendances centripètes venues de Rennes, Nantes, Le Mans ou Paris qui menacent désormais la Basse Normandie de dislocation (nous disons « demi-région » bas normande, l’expression n’a pas été utilisée mais ça viendra !) avant de poser trois grandes interrogations qui sont aussi celles qui ont justifié la création de notre collectif « Bienvenue en Normandie » :

 ·        « Les périphéries du Bassin Parisien doivent-elles être passives ? Il faut réfléchir très vite à notre place dans le Bassin Parisien. C’est une question qui  est posée  depuis le schéma d’aménagement Delouvrier de la Basse Seine dans les années 1960. Or on constate que l’actuelle proposition Grumbach trop centrée sur le Val de Seine manque d’ambition. Il faut revenir à une vision d’ensemble Baie de Seine... »

·        « Qui sommes nous ? La Haute Normandie doit-elle être un satellite industriel et portuaire du Grand Paris ? La Basse Normandie, une réserve d’Indiens destinée à la récréation des Franciliens ? Le débat sur une région normande unifiée ou non va s’accélérer »

·        « Caen peut –elle avoir des fonctions urbaines supérieures ?  Aujourd’hui, à l’échelle européenne, 100 000 habitants, c’est trop petit. Il faut un réseau et Normandie métropole nous manque cruellement. Dans ce réseau métropolitain, Caen peut préserver son rôle de capitale en Normandie avec l’appui du réseau des villes secondaires de Basse Normandie  (notion de subsidiarité et de solidarité : les petites villes doivent pouvoir s’appuyer sur le réseau métropolitain de tête pour réaliser les projets qu’elles ne peuvent pas faire elles-mêmes)

 


Enfin, pour terminer, Philippe DURON rappelle l’importance d’affirmer une identité régionale  forte pour imposer son point de vue à Paris : le temps de la « ville subtile » décrite par JM Girault est révolu, Caen et la Normandie doivent se montrer « conquérants » en faisant…«comme les Bretons ! »

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Réactions du Conseil Municipal de Caen

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Réactions de Caen Métropole :

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commentaires

Romuald 25/06/2009 16:25

Entre les technocrates, les ploutocrates du crû, et les ploucs de base, on a du souci à se faire quant à l'avenir de notre Normandie. C'est valable aussi pour la Picardie, et de combien d'autres régions françaises !

Romuald; étudiant à l'université de Rouen

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