Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 12:00

          http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/

carte-basse-normandie



De notre correspondant Philippe CLERIS,

                
                 pour le collectif citoyen et républicain
                        
                       « Bienvenue en Normandie »




" Le mensuel d’informations économiques « Capital » nous propose un classement exclusif des 26 collectivités régionales françaises (métropole et outre mer) selon les critères du dynamisme démographique, du dynamisme économique, le niveau de vie, la qualité des équipements et services publics et la politique publique de protection de l’environnement : l’intérêt de ce classement est de mélanger indicateurs quantitatifs et qualitatifs

 

Ce classement révèle quelques surprises : Rhône-Alpes détrône l’Ile de France affectée d’un bilan migratoire désormais négatif et d’une dégradation de la qualité de vie à cause des conséquences négatives de l’hypercentralisation (les Franciliens passent en moyenne 3 heures par jour dans les transports)[2]. L’Alsace occupe une seconde place qui pourrait étonner puisque cette région subit une violente récession industrielle, mais il faut compter avec de nombreux frontaliers alsaciens qui vont travailler en Allemagne ou en Suisse. (Même situation favorable pour tout l’Est de la région Rhône-Alpes vis-à-vis de la Suisse). On notera l’honorable 7ème place d’une Bretagne (à quatre départements) qui contrebalance les effets négatifs de la crise sociale et écologique engendrée par les excès du productivisme agricole par un puissant dynamisme métropolitain et littoral... ou encore l’étonnante 9ème place de la Corse qui compense son peu de dynamisme industriel par son attractivité touristique (même constat pour expliquer la 12ème place de la... Martinique !)

 

Par contre, l’Est et le Nord français, plus industriel, affecté par une crise de délocalisation de longue durée, se trouve au-delà de la 11ème place (Lorraine) avec une région « Nord-Pas-de-Calais » à la 18ème place et une région Picardie à l’avant dernière place de ce classement (la Réunion étant à la 26ème et dernière place)."

 

       Le déclin « des » Normandie :

 

On connaît le classement moyen sinon médiocre de nos deux régions normandes en part de PIB (critère quantitatif) :

 

Une Haute-Normandie, pas si haute, à la 13ème place et une Basse-Normandie, vraiment basse, à la 18ème place ![3]

 

Dans le classement plus qualitatif proposé par « Capital », on mesure enfin la profondeur du déclin régional normand !

 

Puisque la Haute-Normandie recule de la 13ème à la 14ème place (derrière la Franche Comté et avant la Champagne-Ardenne)


[1] Capital, mensuel (décembre 2009/ janvier 2010),  hors- série « L’état de nos régions » p.82

[2] Lire : Laurent DAVEZIES, « Paris s’endort », La vie des idées.fr (février 2008). Reprenant les chansons de Dutronc, père et fils, le géographe dénonce la paresse métropolitaine d’un gros village parisien qui perd peu à peu sa substance...

[3] Lire : Pascal BULEON, « Atlas de la Basse-Normandie », Editions Autrement (novembre 2006). « Horizon 2030, perspectives,  Une Normandie ? » pp. 112-113

tandis que la Basse-Normandie est plus basse que jamais en occupant, désormais, une 21ème place bien peu honorable (derrière la... Guyane et devant une Bourgogne encore plus rurale et vidée de sa jeunesse que la demi-région normande !)

 

Géographie industrielle subie, désenclavement routier et ferroviaire qui reste inachevé, vieillissement des infrastructures, paresse métropolitaine, fuite des jeunes, fuite des directions administratives publiques et privées, sous - encadrement, bas salaires, faible niveau de formation, faible niveau de la recherche développement ou fondamentale, précarité professionnelle, pollutions industrielles, crise sociale du monde rural et des petites villes, image régionale ringardisée, dépendance accrue vis-à-vis de la région parisienne, voilà en quelques mots, le « mal » normand.

 

Depuis l’année 1956[1], date à laquelle les cinq départements normands furent, pour la première fois de leur histoire, divisés en deux régions administratives dans le cadre de la reconstruction d’une région cruellement éprouvée lors de la Libération, après une illusion de prospérité dans les années 1960-1980 plus fondée sur une déconcentration industrielle impulsée et contrôlée par le centre parisien que par le dynamisme régional (entre autres : spécialisations bas-normande dans le nucléaire et haut-normande dans l’industrie lourde SEVESO) les deux demi - régions administratives normandes, après les 25 dernières années de crise ou de mutation économiques, se présentent plus que jamais comme deux petites périphéries déprimées, soumises et écartelées entre un grand ouest parisien et un grand ouest breton.

 

Qui oserait aujourd’hui encore ignorer ou contester ce triste constat ?

 

Ayant cruellement vécu les malheurs d’une guerre civile, le philosophe anglais Hobbes avait compris que la prise de conscience d’un danger, d’une menace était le meilleur moyen de mobiliser les paresseux et les endormis pour la défense d’un intérêt général : la lucidité et la générosité du cœur ou de


[1] La province de Normandie a toujours été « subdivisée » : sept diocèses  (Avranches, Coutances, Bayeux ; Lisieux, Sées, Evreux, Rouen);  autant de bailliages ; trois généralités (Caen, Alençon, Rouen) ; deux gouvernements militaires  (Caen pour les Matignon et Rouen pour les d’Harcourt) ; cinq départements et préfectures depuis 1790 (Manche, Orne, Calvados, Seine-Maritime et Eure) mais en n’étant jamais  véritablement « divisée » : une seule université et une seule académie à Caen jusqu’en 1960 ; un seul parlement à Rouen sous l’Ancien Régime ; un seul commissariat de la République en 1945. Il faudra attendre 1956 et 1960 pour que les appellations de « Haute » ou de « Basse » Normandie, appellations venues de la géographie naturelle descriptive et s’imposant dans le discours des élites régionales à partir du XVIe siècle, correspondent à des réalités administratives tangibles sachant que la limite historique entre Haute et Basse Normandie (le marais de la Dives) a été volontairement ignorée par les députés constitutionnels normands lors de la création révolutionnaire des départements dans le but de préserver l’idée d’unité normande dans le nouveau régime administratif français... En 2003, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire l’Express, le haut fonctionnaire Serge Antoine avouait son erreur d’avoir divisé la Normandie en 1960 sous estimant la capacité des institutions administratives à la « fossilisation » (L’Express, N°2750, pp. 56-61)

 

l’esprit ne suffisent pas. Les décideurs politiques normands (peut-on parler d’ « élites » ?)  ont peur désormais !

 

Pour deux raisons :

 

1°)  Le déclin régional normand est tel qu’il tend à rendre inefficaces les politiques publiques menées dans le cadre de l’organisation administrative actuelle (ex : ports, aéroports, désenclavement routier et ferroviaire, aides aux entreprises en difficulté ou les limites d’un « saupoudrage localiste » en matière de développement économique). « Cuire sa petite soupe dans sa petite gamelle » parce que l’on bénéficie de la rente de Total ou d’Aréva ou parce que l’on pense avoir le bras long à la préfecture ou au ministère est une méthode de gouvernance des territoires qui montre, aujourd’hui, ses limites ! A l’heure du désengagement de l’Etat, de l’exacerbation de la compétitivité et de la suppression de la taxe professionnelle, seules sont vraiment efficaces les stratégies de coopérations de finances et de projets entre collectivités responsables pour conduire, sur chaque dossier, les rapports de force favorables avec l’Etat et des puissances publiques ou privées...

 

2°) La perspective d’un « Grand Paris » tourné vers la Mer va obliger les décideurs politiques normands à prendre une responsabilité qu’ils fuient depuis plus de 40 ans :

 

Prendre enfin en charge un intérêt général régional normand car le projet « Grand parisien » s’intéresse à la Normandie certes, mais à une Normandie vue de Paris,  c'est-à-dire au seul corridor du val de Seine jusqu’au port du Havre. Le projet « Seine Métropole » proposé fin 2008 par l’urbaniste Antoine Grumbach et présenté en juin 2009 par le président de la République, rêve d’ici 2030 d’un réseau métropolitain entre la région parisienne, Rouen et le Havre « port de Paris », mais au risque de confondre les cartes de géographie avec la géographie à force d’ignorer l’histoire et notamment la « géohistoire » normande ![1]

 

La menace est donc là : faute de réfléchir davantage à un vrai projet régional normand, les décideurs politiques « normands » risquent de prendre la responsabilité historique lourde d’une captation définitive du Val de Seine par la région parisienne et


[1] Lire et voir le nouveau bimensuel  Seines, (février/mars, N°1) : plutôt destiné à un lectorat « bo-bo », ce magazine très agréable à lire tente de nous convaincre de l’existence d’une identité territoriale ou d’un espace vécu « séquanien ». On y trouve une réflexion finalement désopilante d’Yves JEGO, ancien secrétaire d’état à l’Outre mer : « le peuple séquanais existe-t-il ? »  (p. 32). On répondra « non » bien sûr...  Mais ce premier numéro nous propose surtout un dossier intitulé « le dilemme du Grand Paris », avec une présentation luxueuse du projet d’Antoine Grumbach (p. 68) mais ouvrant sur une vue d’artiste proposée par la paysagiste Lena Sofer d’un ruban séquanien Paris-Le Havre tranchant  de sa lumière... la nuit normande ! Ce nouveau magazine est donc symptomatique d’une certaine conception élitiste et consumériste des territoires :  cette géographie « vue d’avion », de l’autoroute ou du TGV est bien éloignée des espaces vécus réels et du  « plancher » parcourus par habitants et vaches! Quand bien même nous soyons de plus en plus l’un et l’autre, il ne faut pas confondre la géographie du touriste et celle de l’habitant !

 

pour son seul profit, avec pour conséquence de rendre définitive la vraie division régionale entre une « Normandie utile » du val de Seine et maritime, plus urbaine et industrielle étroitement soumise à Paris et des « Ploukistans », plus terriens sinon ruraux, encore trop souvent mal reliés entre eux, subissant au mieux une économie de service de la rente résidentielle impulsée par la région parisienne ou par la périurbanisation. C’est, par exemple, la triste réalité économique et sociale découverte par la journaliste Florence Aubenas qui a fait l’expérience d’être une femme de ménage embarquée sur le ferry de Ouistreham[1].

 

       Un grand pari : avaler la Seine aval sans l’aval des Normands ?

 

Le « Grand Paris » s’intéresse à la Normandie !

Un grand pari : que les citoyens et les décideurs normands s’intéressent davantage à la ... Normandie ! Ce qui implique d’avoir ici le courage intellectuel et politique de co - produire le « Grand Paris » maritime pour ne pas avoir à le subir et remettre en service l’axe français essentiel dont on parlait autrefois : Le Havre-Paris-Lyon-Marseille. Ce qui implique de conduire, sans plus tarder, les « réunifications » normandes qui permettront de mettre en œuvre les projets qui seront enfin réellement au service d’un intérêt général régional normand qui se concrétise désormais sous la forme des trois urgences suivantes :

 

1°) Réussir le TGV normand

2°) Sauver l’université normande

3°) Réconcilier et réveiller les grandes villes normandes

 

Car une « vraie » Normandie, c'est-à-dire une région administrative étendue sur les cinq départements normands permettrait d’utiliser le 6ème PIB régional de France, de faire vivre la 5ème métropole de France (réseau Caen/ Rouen/ Le Havre), de mettre en valeur le 4ème potentiel industriel et logistique français, le 2ème potentiel agro-industriel du pays mais surtout le premier potentiel maritime de France sur les 671 km du littoral régional le plus long et le plus diversifié de notre pays. Avec la notoriété internationale exceptionnelle de son nom, la Normandie, région maritime associée de façon


[1] Lire : Le Nouvel Observateur, (semaine du 11 février 2010), « Dans la peau d’une femme de ménage », article présentant les bonnes feuilles du livre de Florence AUBENAS « Quai de Ouistreham »  Editions de l’Olivier (février 2010). Morceau choisi : « Tout le monde m’avait mise en garde. Si tu tombes sur une petite annonce pour un boulot sur le ferry-boat à Ouistreham, fais attention. N’y va pas. Ne réponds pas. N’y pense même pas. Oublie-là. (...) Cette place-là est pire que tout, pire que dans les boîtes de bâtiment turques qui te payent encore plus mal qu’en Turquie et parfois même jamais ; pire que les ostréiculteurs, qui te font attendre des heures entre les marées avant d’aller secouer les poches en mer par n’importe quel temps ; pire que les grottes souterraines de Fleury, ces anciennes carrières de pierre, puis abris antiaériens pendant la guerre, devenues champignonnières, qui te laissent en morceaux au bout d’un après-midi de travail. Pour les pommes, on en bave aussi, mais la saison commence plus tard. Ces boulots-là, c’est le bagne et la galère réunis. Mais tous valent mieux que le ferry de Ouistreham. »

 

intelligente à la région parisienne, a donc le potentiel d’être la « porte océane » de la France et de l’Europe ouverte sur la mer la plus fréquentée du monde ; d’être, comme le dit magnifiquement Michelet, ce « visage de majesté qu’offre la France face à l’Angleterre et au Monde ».[1]

 

Voilà les enjeux, voilà l’ambition : ce « visage de majesté », il faudra bien le recoudre... Mais comment ? Et qui le fera ?

 

       « La nausée »... normande ?

 

Depuis 1972, date de la création des deux collectivités régionales actuelles, la division administrative normande est devenue l’enjeu récurrent d’une classe politique locale ou régionale qui fait ainsi vivre depuis près de 40 ans, le serpent de mer de la « réunification » normande pour finalement ne prendre aucune décision et gérer quelques rentes de situations acquises à Caen et à Rouen, deux villes qui peinent dans leurs deux moitiés de régions à être de véritables capitales régionales.

 

Jusqu’à une époque récente, le consensus politique en Normandie se faisait, à la fois, sur l’idée d’une unité normande idéale mais impossible à réaliser (problème réputé insoluble du choix de la capitale administrative régionale) et sur la nécessité de coopérer concrètement entre deux régions normandes différentes mais très complémentaires (politique des « petits pas » visant à créer des solidarités incontournables réalisant, de fait, l’unité régionale normande en contournant l’obstacle institutionnel et politicien). C’était la politique clairement engagée depuis 2004, date à laquelle les deux conseils régionaux normands sont gérés par la gauche : MM. Duron et Le Vern ont donc développé les coopérations interrégionales normandes et commandé en 2005 un rapport d’audit sur les avantages et inconvénients d’une fusion régionale normande au cabinet INEUM consulting EDATER. Pour la première fois,  ce rapport permettait de démontrer sur des bases objectives l’évidence : il y a plus d’avantages à ne faire qu’une seule région administrative normande qu’à en garder deux ! Le texte de ce rapport était prêt dès novembre 2007.


A suivre...

[1] Lire : François GUILLET, « Naissance de la Normandie, 1750- 1850, genèse et épanouissement d’une image régionale », Terrain, revue d’ethnologie de l’Europe (1999, N°33), pp. 145- 156. L’historien de l’identité normande commente ainsi la réflexion de Jules Michelet: « A mi-chemin de l’Angleterre, qu’elle subjugua jadis et dont elle est proche, et du centre parisien, avec lequel elle est étroitement liée grâce à la « grand-rue » -la Seine- reliant Paris et Le Havre, la Normandie participe à la fois du centre et de la périphérie ; relais mais aussi tampon, elle a pour fonction principale de permettre au pays de tenir tête au farouche ennemi d’outre-manche, offrant face à lui « un visage de majesté ». Si la rue séquanienne fait rêver Antoine Grumbach et quelques autres à Paris et au Havre, dans cette rue,  nous souhaiterions contempler la beauté du « visage de majesté » normand : l’un ne peut aller sans l’autre !




                              http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/

Partager cet article

Repost 0
Publié par Le Caennais déchaîné - dans Opinion
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le Caennais déchaîné
  • Le Caennais déchaîné
  • : Actualités sans concession sur Caen et ailleurs...
  • Contact

Profils

  • Le Caennais déchaîné
  • Ecrivains, Photographes, Correspondants, Membres de la Société Civile...
  • Ecrivains, Photographes, Correspondants, Membres de la Société Civile...

Rechercher

Archives