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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 08:09

"Il faut être fier d'avoir hérité de tout ce que le passé avait de meilleur et de plus noble. Il ne faut pas souiller son patrimoine en multipliant les erreurs passées." Mohandas Karamchand Gandhi  

http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/  Fowler-Caen.jpgEglise Saint-Pierre par Fowler

Il est toujours agréable de rencontrer des touristes de passage qui louent la beauté de la cité calvadosienne. Il est tout aussi riche d'enseignements d'en croiser certains qui restent surpris par ce qu'ils viennent de découvrir...

De l'ampleur des destructions...  caen_detruit_big-copie-1.jpg  « Ville détruite à 75% », « Caen ville martyre ».

Ces phrases claquent comme de sinistres slogans tant la cité est sortie meurtrie de l'été 44.

Louée avant la guerre pour son exceptionnel patrimoine (on estime à 135 le nombre de monuments protégés avant 1944), la préférée de Madame de Sévigné pouvait s'enorgueillir d'un bâti d'une richesse inouïe sédimenté sur plus de 900 ans : hôtels particuliers, couvents, églises ou demeures plus modestes signalaient l'étendue du panel architectural de la ville. Le Havre, Dunkerque ou Brest n'avaient pas cette richesse, leur reconstruction en tiendra compte.

vue_abbaye_dames.jpg Eglise Saint-Gilles (disparue)

La liste des monuments détruits en 1944 (et dans les années 50 -) a de quoi serrer le coeur : églises Saint-Gilles, Saint-Julien, des Carmes (cette dernière détruite

rue_montoir_poissonnerie.jpg Rue Montoir-Poissonnerie (disparue)

davantage par les bulldozers dans les années 50 - ça continue de plus belle en 2010 ! NDLR), hôtel de la Monnaie (XVIème), hôtel de Leraille (XVème), hôtel d'Aubigny et de Beuvron, les maisons à pans de bois de la rue Saint-Jean (n°19) ou de la rue Saint-Pierre (n° 18, 19, 20) et toutes les demeures plus modestes de la rue Montoir-Poissonnerie, de la rue du Ham (dont quelques unes désinscrites pour être détruites et favoriser la mise en valeur du château),

hotel_ville_musee.jpg  Hôtel de Ville... cour hotel ville ... et sa cour intérieure (disparus)

l'ancien Hôtel de Ville bien sûr, l'Université,  rue Saint-Sauveur (détruite en partie - la Mairie occupera les murs dans l'une des entrées jusqu'en 1951 -)...arrêtons là.   bibliotheque_faculte_rue_saint_sauveur.jpg Université (disparue)

Une fois ce macabre catalogue refermé, pourquoi trouve-t-on alors des touristes étonnés par la richesse du bâti caennais ? Une raison simple, le chiffre de 75% (68% en réalité) correspond à un VOLUME moyen de destructions, non à une SURFACE.

Changeons les termes : « Caen ville détruite sur la moitié de sa surface »...vous comprenez maintenant ? Pour un visiteur la différence est énorme : la visite d'une ville ne se fait pas en évoluant dans un cube, mais par le cheminement d'un point A vers un point B ; ce qui fait de la capitale bas-normande l'une des villes les plus étonnantes pour les primo-touristes.

...et d'un « vieux Caen » bien mal signalé !

Caen_Plan1705.jpg Plan de Caen vers 1705 par Nicolas de Fer

Un plan de Nicolas de Fer vaut tout les dépliants touristiques du monde. Dressé en 1705, celui-ci signale "l'ancienne ville" circonscrite aux limites de Bourg le Roi (poussons jusqu'à Bourg-l'Abbé, plus à l'ouest), limites qui sont aujourd'hui celles du Caen relativement épargné par les bombes. La densité exceptionnelle de monuments sur un périmètre assez restreint en est aujourd'hui le témoignage direct.

Imaginons un instant que l'Ile Saint-Jean ait été le périmètre épargné : plus étendu certes mais bien moins riche en monuments...rien d'étonnant donc de découvrir que les guides d'aujourd'hui restent (presque) calqués sur ceux d'avant guerre (axe est-ouest) !

Le « vieux Caen » n'est donc pas « vieux » par défaut, car épargné du sinistre, mais bel et bien la trace tangible miraculeuse et centrale de la genèse de la ville, contrairement au Havre par exemple dont les anciens quartiers, ceux du XIXème siècle, sont devenus "anciens" par défauts et surtout périphériques au périmètre Perret. Pour autant, les discours caennais privilégient encore les formules « quartiers préservés », « quartiers anciens » ou encore « quartiers épargnés ». Je ne m'explique pas cette frilosité.

Une drôle de politique touristique

Le tourisme à Caen peut-être divisé en deux catégories :

- Guillaume et le Mémorial...l'un essayant de rattraper de façon cocasse les bourdes de l'autre. Explications de texte : à Caen, le tourisme est bicéphale. Dans une ville qui demeure la plus bicéphale de France, rien de surprenant : aucune autre cité ne présente un contraste aussi saisissant entre surface reconstruite et vieux quartiers.

Le Mémorial de Caen : le renvoi constant aux destructions

memo_caen.jpg

Projet phare de l'ère Girault, le Mémorial pour la paix inauguré en 1988 reste le premier musée de province : 400 000 visiteurs par an. Au delà de ses fonctions pédagogiques et historiques bien légitimes, le musée renvoie aux traumatismes et surtout aux destructions, événements difficiles à associer à la patrimonialisation et aux vieilles pierres. Dès lors, pourquoi se rendre dans une ville dont on vient de nous dire qu'il n’en reste rien ?

Guillaume le Conquérant : what else ?

Dans une volonté de rompre avec l'image de ville détruite, les municipalités respectives ont privilégié une période précise : le Duché de Normandie, réduit lui-même à sa portion congrue : Guillaume le Conquérant. En négligeant les évolutions ultérieures de la ville, les brochures survalorisent ainsi les monuments les plus célèbres de la ville comme le château, présenté exclusivement comme « château ducal ». Le « circuit Guillaume le Conquérant » prend également le risque de réduire les édifices de cet itinéraire à un personnage unique.

Les touristes dans le Château : un résumé magnifique

ca35p_20050304.jpg

L'été arrivant, les touristes de passage aiment à remonter la pente douce qui va de l'Hôtel d'Escoville à la forteresse. Une fois la porte Saint-Pierre franchie, ils se dirigent logiquement vers les remparts sud, belvédère incomparable sur la ville.

J'imagine alors ces braves avec leurs «  circuit Guillaume le Conquérant » sous le bras et le regard embrassant le site de la ville qui leur parvient directement : l'Ile Saint-Jean et ses zones reconstruites. Comment ne pas rire devant une telle incongruité ? Comment comprendre aussi tout un ensemble urbain dont on ne dispose d'aucune information ? Alors on se casse le cou pour tenter de chiper du regard l'Abbaye-aux-Dames à l'est et surtout l'Abbaye-aux-Hommes à l'ouest dont la perspective est bloquée par l'immeuble tour des Quatrans !

Diversifions !

gare_saint_martin.jpg Gare Saint-Martin (rescapée jusqu'à quand ? NDLR)

Quid de la rue Caponnière, du quartier Saint-Martin (sauvé par le mauvais temps en 1944) et de son architecture éclectique de la fin du XIXème siècle et bien sûr, quid de l'héritage de Brillaud de Laujardière ? Cessons cette cécité touristique qui met au placard des quartiers CENTRAUX. Les initiatives peuvent être nombreuses et n'attendent qu'un coup de pouce. Une amie guide conférencière me faisait des remarques similaires : qu'attend-on pour faire découvrir les villas magnifiques autour de la gare Saint-Martin ? Pourquoi autant de frilosité à communiquer sur la reconstruction ? Osons enfin l'axe nord-sud dans les brochures, le guide de Caen du syndicat d'initiative en 1957 l'a bien fait ! Regardons aussi du côté de Royan, du Havre ou de Lorient (qui a publié un remarquable « Lorient 1950 »), la reconstruction peut être aussi porteuse de projets touristiques.

Il existe bien sûr des villes plus belles que Caen, d'autres bien moins jolies et pourtant épargnées par les affres de la guerre. J'estime que cette retenue toute Normande matérialisée dans les guides mériterait un bon coup de pied aux fesses.

L'inversion du regard sur des pans entiers de la capitale bas-normande reste au-delà de la nécessaire diversification de l'offre touristique, un pas indispensable vers la patrimonialisation de lieux souvent méconnus du grand public.

En guise de conclusion : la parole aux touristes (florilèges du net)

ph4.jpg Un touriste qu'on ne présente plus

 

« Pour beaucoup de ceux ( comme moi ) qui n’ont retenu que le martyr de la libération en 1944, Caen devrait ressembler à Brest ou Lorient : des villes fantômes dépourvues, ou presque, de tout intérêt architectural. Il n’en est rien, Caen recèle toujours de magnifiques trésors que  je n’ai fait qu’esquisser ici. »

 

« Caen est véritablement une très belle ville, elle a certes souffert de la guerre mais elle a su préserver la majeure partie de son patrimoine historique. De passage, par hasard professionnel, je croyais aussi avoir affaire à une de ces villes reconstruites et bétonnées comme Lorient ou Saint-Lô, eh bien il y a des préconçus qui méritent d'être battus en brèche. Caen est une ville d'art, qui mérite vraiment la visite des touristes : son centre historique conservé foisonne de vieux hôtels particuliers, d'églises gothiques et de ruelles pittoresques. »

 

« Certains coins de la vieille ville (rue Froide, rue Caponnière, etc. ) me font vraiment penser aux vieux quartiers du Marais à Paris. Découvrir Caen a été pour moi une réelle bonne surprise, cette ville s'apparente davantage à une ville d'art qu'à ces nombreuses villes reconstruites et sans âme comme Lorient ou Brest. »



« Caen est certainement l'une des plus belles villes de France et c'est aussi l'avis du magazine « Détours en France. » Je trouve d'ailleurs que son centre historique est beaucoup plus intéressant que celui de Nantes dont on loue à tort à mon sens la beauté architecturale. Ceux qui comme moi ont visité les deux villes sont généralement d'accord avec moi. »

                               SOKAL-BRICMONT

 

Illustrations : Archives du "Caennais déchaîné"

  http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/

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Publié par Le Caennais déchaîné - dans Opinion
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commentaires

la pecnaude 12/08/2010 14:55


Je pense qu'aucune expertise n'a été faite sur l'ensemble des villes de france depuis...jamais. Alors on peut supposer un pourcentage élevé de "magouilles" compte tenu de la haute tenue de probité
de ceux qui nous gouvernent. L'exemple venant toujours par le haut de la pyramide et tombant en cascade ...


Le Caennais déchaîné 12/08/2010 18:07



Haute tenue de probité, de fiabilité, de volonté, d'intelligence au sens large. Merci pour vos commentaires attentionnés qui compensent l'indifférence, la lâcheté (?) des caennais !
(Ils ne le sont pas tous mais...)


 


La Rédaction



la pecnaude 11/08/2010 21:47


Ce fut une belle balade, reste souhaiter que les "remaniements" architecturaux en restent là, à Caen comme ailleurs.


Le Caennais déchaîné 12/08/2010 10:45



"Remaniements" ou "magouilles" ??



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